[Histoire] Californios y fiebre del oro

L’autre jour on a regardé un reportage Arte fort intéressant sur la Ruée Vers l’Or [trouvable ici] et qui porte finalement sur la naissance de la Californie actuelle. Ça nous a semblé important de partager nos découvertes culturelles.

[Attention, cet article contient plein d’informations historiques complètement approximatives]

La Californie est au moment de l’annonce de la découverte d’or en pleine transition politique. Successivement espagnole, puis mexicaine, elle vient d’être conquise par les « américains », en fait l’Union (mais si vous savez, comme dans l’Union contre les Sudistes, les tuniques bleues tout ça). Dans les faits, il faut comprendre qu’il y a beaucoup d’hispanophones (dont beaucoup de grands propriétaires terriens), et pas tellement de gouvernement. Ça veut dire pas de lois, pas de police, pas de règles.


 

Remarque temporelle et géographique : les délais sont longs. Le train qui traverse le pays n’existe pas, on peut tenter en chariot à ses risques et périls, ou il faut passer par bateau au Cap Horn ou s’arrêter au Mexique et traverser à pied pour ensuite rejoindre San Francisco, le port le plus proche de la Sierra Nevada où l’or abonde. Et après encore tout traverser pour y arriver. Les humains se déplacent lentement, autant que les nouvelles, qui arrivent déformées et amplifiées (un peu comme maintenant finalement).

Avant 1849 le côté de San Francisco c’est tout petit, et pas terrible en terme de rigolade et autres.

3 péquenauds, grand max. On reconnaît à peine l’île d’Alcatraz. Même pas de pont rouge à visiter, nul.

On imagine assez facilement qu’avec des annonces type « on peut ramasser de l’or rien qu’en se baissant » ça a aidé au développement de la ville. Du coup rapidement San Francisco c’est devenu IN & HYPE (pour mémé : c’est devenu Dans et Branché).

Jon Snow arrivant sur le quai de San Francisco pour chercher de l’or en 1849

Mais « problème » : déjà qu’il y avait des personnes pas très « américaines » sur le territoire à la base, en plus d’autres personnes arrivent, et pas que de la côte Est. L’or est attractif, quelle que soit la nationalité, ou la couleur (note rappel, l’abolition de l’esclavage sur le papier aux USA c’est 1865). En clair, les blancs profitent de leur supériorité numérique pour chasser les autres de partout où on pourrait trouver de l’or, et aussi pour rappeler aimablement aux chalands qu’ils ne sont pas « chez eux ». Dans le reportage, la voix off nous donne des excuses à la xénophobie :

  • il faut bien trouver des boucs émissaires si jamais on devient pas riche
  • la transition de beaucoup des braves hommes puritains vers un état brut sans foi ni loi

La vérité c’est qu’il n’y a pas d’excuses. J’ai dit aimablement « chasser » mais rapidement, c’est l’escalade de la violence.

 

Ça va de « remercier poliment des étrangers de vider les lieux » à « assassiner des mecs pour leur piquer leur or, leur matériel etc. ». Bonne ambiance donc.

Du coup, les étrangers, ils se retrouvent devant un choix : soit ils restent et ils prennent le risque de mourir, soit ils partent et rentrent avec rien (la honte) soit ils partent, et ils reviennent pour se venger, en douce. Et puis finalement, c’est assez difficile de chercher de l’or, et presque aussi facile de le voler.

Rapidement se répand comme une traînée de poudre (d’or) qu’une bande de mexicains (comme par hasard) pille vole tue. Paraît même que c’est le même homme qui mène cette petite troupe de voleurs : Joaquin Murrieta. Impossible dans les faits, à moins qu’il ait découvert un truc pour se téléporter.

Photo d’époque colorisée de Joaquin Murrieta se planquant avant un gros coup, vers Fresno
 

Finalement, grâce à lui, la Californie aura la joie d’obtenir une équipe de rangers (des policiers quoi) et un peu de lois. Dont : « maintenant les étrangers doivent payer une taxe sur l’or qu’ils ramassent, mais pas les américains ça non ». A un moment, rien que les taxes payées par les chinois représentaient 1/4 du budget de la Californie. Un truc juste et pas du tout raciste.

Finalement les rangers ont trouvé un mec, lui ont tranché la tête, l’ont mise dans un bocal à anchois, et ont fait de la bière au piment avec. Niveau loi, on est pas mal.

Comme les blancs pouvaient plus trop pendre et chasser les étrangers venus chercher de l’or, ils étaient un peu tristounes.

Heureusement ! Les indien-nes !

Pour bien comprendre, il faut savoir que pour chercher de l’or, il existe plusieurs techniques. Trouver des pépites sur le sol, creuser le sol, tamiser les rivières, percer les montagnes… Et donc quand l’or de surface s’est fait plus rare, ya des mecs qui ont eu des idées de génie : pourquoi ne pas détourner l’eau des rivière pour pouvoir fouiller les lits ?

Deux chercheurs d’or s’enthousiasmant de leur richesse prochaine

Sauf que le détournement des rivières, ça fait qu’il y a plus trop de poissons. Et ça Antoine il en connait un rayon sur les poissons, il pourra vous confirmer. Et puis tous les chercheurs d’or là partout autour des rivières, ça dérange les animaux, il est beaucoup plus compliqué de chasser. Donc les indien-nes du coin commencent à avoir faim. Mais ça tombe bien, les chercheurs d’or ont emporté du bétail.
Conséquences : les tribus vont manger le bétail, et les américains pas contents, vont aller massacrer des indigènes, parce que qui vole un bœuf voit son village détruit avec les gens dedans.

Pour note historique, ça faisait pas longtemps que les populations locales n’étaient plus esclaves. Les missions franciscaines les avaient réduites en servitude (oups, elles les éduquaient) mais suite aux entre autres bouleversements politiques, elles les avaient libéré-es dans le milieu des années 1830.

Heureusement, la Californie prend des mesures pour les protéger ! Elle édicte une loi sur le vagabondage, qui permet aux blancs de capturer des indien-nes qui ont l’air de glandouiller pour les faire bosser gratos pendant 4 mois. Oui, moi non plus je vois pas le rapport. Ah, et c’était pas grave de les tuer non plus. Donc basiquement, on a un état qui incite à massacrer des peuples. Et l’a financé (on pouvait se faire rembourser des frais engendrés). Je vous aide, les massacres prémédités et organisés, c’est un mot qui commence par un G.

 

C’est là qu’on arrive à des chiffres rigolos : les précédentes occupations de leur territoire avait déjà fait diminuer drastiquement la population. L’esclavage, les maladies, la malnutrition, le travail forcé… et donc après ça donne à peu près ça :

Les chiffres exacts sont difficiles à trouver. On parle de 4 500 mort-es entre 1849 et 1870. Entre  9 400 et 16 000 entre 1846 et 1873. 370 massacres. C’est difficile, surtout avec les personnes qui racontent que c’est faux, et que « à peine » 2000 (sic) furent tué-es dans des altercations dument méritées. Oui.

Beaucoup de chercheur-ses et historien-nes semblent s’accorder sur entre 100 000 et 120 000 sur les deux premières années du rêve Californien. 120 000.

 

 

Est faite manifestement une distinction entre les différents « motifs » de la disparition des indien-nes : à cause des maladies que les colons ont amené (« c’est pas de notre faute jvous jure madame« ) – la réduction en esclavage par les missions (« oui mais aussi iels veulent pas tout de suite croire en Jésus« ) – et avec les massacres et meurtres de masse perpétués parce que « quand même ces indien-nes, c’est pas de notre faute, mais iels essayent de vivre sur un territoire qu’on a annexé donc voilà« ) et donc par exemple ce qui a pu se passer en Californie.

 

L’état a réagi depuis.

 « hein »

En 2000,le Bureau des affaires indiennes s’excuse pour « le racisme et les actes inhumains commis dans le passé » et promet de réparer les torts, dont ceux de « l’épuration ethnique par la propagation délibérée d’épidémies, la destruction des troupeaux de bisons […], et le meurtre lâche de femmes et d’enfants ». Pas de mot en G.

En 2009 Obama signe des excuses un peu vagues, toujours dans le même style.

 « Rappelez-moi pourquoi je m’excuse déjà ? « 

 

Même l’Eglise s’est dite désolée, en 2015, pour l’Amérique du Sud (et 1992 aussi un peu). Il y a-t-il un lien avec le fait que le gouvernement Chilien ait reconnu le génocide des indien-nes en 2003-2007 ? (je dis oui).

Les chercheureuses sont colère que personne lise leurs études sur le sujet.

 

 

Aujourd’hui, la Californie est l’état le plus peuplé des USA. La ruée vers l’Or a amené des retombées économiques et démographiques étonnantes. Les personnes qui se sont le plus enrichies, le plus vite et le plus durablement, restent celles qui ont décidé de ne pas creuser la terre. Commerçant-es, marchand-es… ou celles qui sont parties dès la première année squatter sur les propriétés des espagnols pour construire de nouvelles villes, qui existent aujourd’hui pour former cet état doré.

 

 

 

Moralité : Même si seulement 10 à 20% des réserves californiennes ont été trouvées, Antoine va avoir du mal à nous enrichir en cherchant de l’or (ou plutôt en tentant d’en trouver, il peut toujours chercher).

Des sources non exhaustives et non limitatives :

Bloody Gold; the California Gold Rush and state sponsored genocide by Charlie Perry

California Slaughter: The State-Sanctioned Genocide of Native Americans y Alexander Nazaryan

Liste des massacres : voir Bloody Island Massacre – Oatman Massacre – Old Shasta Town – Bridge Gulch Massacre – Wright Massacre – Howonquet Massacre – Yontoket MassacreAchulet Massacre – « Ox » incident etc etc etc

Un article qui dément que les blancs aient effectué un génocide

L’article wikipédia qui explique qu’il y a encore des personnes faisant du négationnisme malgré les études universitaires (en français)

Note rigolote : quand j’ai cherché des sites infos en français, les premiers résultats sont des sites conspirationnistes, confusionnistes d’extrême droite. Je ne les mets donc pas ici.

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