Le shutdown, qui est-il, qui sont ses complices ?

Vous l’aurez compris dans tous les épisodes précédents, l’Amérique, c’est un peu comme la France avec la Corse, sauf que c’est 50 fois plus grand. On retrouve 48 états en un seul bloc + l’Alaska et Hawaï, ainsi que des territoires dont d’aucun président saurait reconnaître si ce sont des îles, des caps ou des pics : Puerto Rico, Guam, îles Mariannes du Nord, îles Vierges américaines, Samoa américaines. Tout ce que je peux vous dire c’est que ça sera difficile de construire un mur tout autour.

#fakenews

Les ETATS-Unis (très original du coup, on aurait pu s’appeler les United Regions -Régions-Unies- plutôt que France pour redynamiser la start-up nation) possèdent en outre quelques lieux plus ou moins déconseillés pour terminer la visite de la propriété, tels que Guantanamo (sur Cuba), l’atoll Palmyra, ou encore Diego Garcia.

Diego.

Bref tout ça pour dire que les Américains pas si bêtes ont regardé ce qui se faisait ailleurs, et ont bien vu que la France (=Paris) galère à gouverner (métaphore marine double) ses régions et départements au modèle standard, avec plus grand ça allait être la mer à boire (filée). Si si, ça c’est passé comme ça historiquement, je m’en rappelle très bien.

C’est ainsi qu’on arrive à la répartition des pouvoirs aux USA : une organisation fédérale à régime présidentiel.

Le budget est proposé par le-a président-e. Et doit être voté par le Sénat et la Chambre des Représentant-es (les parlementaires – Congrès). Les deux chambres peuvent amender, corriger et renvoyer le texte au-à la président-e pour signature. S’iels n’arrivent pas à se mettre d’accord, il y a un arrêt des activités du gouvernement fédéral, donc des fonctionnaires. On appelle ça un « shutdown » (« fermeture »). Poliment, les gens parlent ici de « chômage technique ».

En gros, tant qu’il n’y a pas d’accord, aucun bureau gouvernemental n’a droit de contracter de dépenses. Que ce soit pour repeindre son bureau, ou verser les salaires. Dans les faits les institutions ferment, et les gens ne sont plus payé-es. Beaucoup de sites internets sont mis en panne ou arborent parfois un petit panneau « oups ».

Cela concerne à peu près tout le monde sauf « les services essentiels », dont par exemple les militaires, les médecins dans les structures fédérales, le contrôle aérien, les prisons (fédérales) et… la météo.

Pourquoi je vous raconte tout ça ?

Parce qu’Antoine travaille DANS un bâtiment fédéral, bien que n’étant pas lui même un travailleur fédéral. Le laboratoire peut donc fermer, et ses collègues n’être pas payé-es. Iels n’ont plus le droit de regarder leurs mails professionnels (même pour savoir quand retourner au travail) et toutes les expérimentations sont mises en « off ». Oui, même quand il s’agit de nourrir les bébés poissons. Et oui, les personnes parties en mer ne sont plus payé-es non plus, et ne doivent pas travailler (et en plus personne n’a le droit de sauter du bateau pour nager, oui, même dans les eaux d’Hawaï).

On pourrait se dire que du coup ce sont des vacances et qu’on pourrait aller dans les parcs. Mais les parcs sont nationaux, et donc fermés. Les écoles peuvent être fermées, les ordures ne plus être ramassées.

Problème de riche

 

Mais qu’on se rassure, les membres du Congrès, elleux, continuent de percevoir leur salaire.

La dernière fois que c’était arrivé c’était en 2013. Mais l’Amérique a décidé de nous faire vivre toutes ses particularités : depuis le début de l’année, il y a déjà eu 2 shutdowns.

Le premier date du 20 janvier 2018. Voici son histoire.

C’est celle notamment d’une Amérique avec des migrant-es, qui sont entré-es illégalement sur le territoire dans l’espoir de vivre le rêve américain. On les appelle d’ailleurs les « dreamers » (les rêveureuses). Obama avait fait voter une loi de protection pour ces enfants arrivé-es sur le sol Américains notamment de Mexico : Trump a promis d’en venir à bout d’ici début mars. Des Démocrates veulent qu’iels soient protégé-es et régularisé-es. La team Trump préfère construire un mur, les déporter et « prendre soin de l’armée ». Dans tous les cas il faut des sous. Les « négociations » sur le dos de ces personnes se font rudes et aucune solution n’émerge. N’arrivant à rien, beaucoup de parlementaires refusent alors de voter le budget, ou le rejettent. Au Sénat, les Républicain-es ne sont majoritaires que d’un siège, ne réussissant pas à réunir une majorité qualifiée de 60 voix pour voter le budget.

Pour info, le Sénat et la Chambre sont à majorité Républicaine (Trump).

Le vendredi soir, le shutdown est lancé. Antoine reçoit un mail qui stipule que les bureaux vont fermer, que les messageries-boite aux lettres ne doivent plus être ouvertes jusqu’à fin du shutdown, les payes sont suspendues etc. Les associations et politiques se rassemblent tout le long du weekend pour pousser les parlementaires à prendre une décision.

Poussée « réussie » puisque dès le lundi 22, un nouveau vote a lieu, aboutissant sur un compromis qui repousse le vote du budget à février. Le travail peut donc reprendre, sans avoir statué réellement sur la situation des « aliens ».

Interlude de trois semaines

Qu’est-ce que le président (et son groupe) propose dans ce budget réellement ?


C’est un plan sur deux ans de 140 milliards d’euros pour l’armée, 107 milliards d’euros pour le reste, dont la santé et les infrastructures (8 milliards dans l’infrastructure, 2 milliards pour la garde d’enfants et 2 milliards pour lutter contre les opioïdes). 74 milliards sont prévus pour la compensation et l’aide aux personnes en cas de dégâts de désastres naturels (dont les victimes des précédents ouragans).

On parle aussi d’augmenter le déficit public à 17 trillions d’euros (avec 1 trilliard de plus par an) sur la base d’un « mais si c’est fini la récession » de la maison blanche.

Je vous mets des tarifs approximatifs, on est pas à un milliard près. On ne connait pas vraiment les montants spécifiques, qui seront laissés à l’appréciation de chaque branche une fois que les budgets auront été votés.


Mais le compromis n’était que temporaire, il nous amena donc jusqu’à la semaine passée.

Le 09 février et le temps d’une nuit (de notre côté du continent…) pendant 8h30 environ s’est déroulé le shutdown n°2 de 2018. Cela n’a pas impacté les bureaux d’Antoine, mais bien tous les gens qui travaillent de nuit (et les personnes à l’autre bout du pays, voire à l’étranger).

On est reparti-es pour un autre compromis de 6 semaines le temps d’aboutir à un vote ou un autre compromis. Le temps vire au mauvais pour le « GOP » (les trumpistes), des gens commencent à demander des comptes, et vouloir punir les parlementaires de faire durer un peu trop ce vote qui paralyse l’Administration. On comprend mieux pourquoi l’agence gouvernementale de météo ne ferme pas pendant les shutdowns.

Affaire à suivre.

Des sources si vous avez envie de lire de l’économie en anglais :

https://www.reuters.com/article/us-usa-congress-shutdown/trump-signs-deal-to-end-brief-agency-shutdown-boost-u-s-spending-idUSKBN1FS232

http://thehill.com/homenews/house/373168-winners-and-losers-from-the-overnight-shutdown

https://www.cnn.com/2018/02/08/politics/budget-vote-congress-shutdown/index.html

Ce lien en particulier qui retrace tous les shutdowns de l’histoire américaine, pour qui, pour quoi…

https://www.washingtonpost.com/news/wonk/wp/2013/09/25/here-is-every-previous-government-shutdown-why-they-happened-and-how-they-ended/?utm_term=.a976d64a5619

 

 

 

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