Cajun Country

Dans l’article précédent (ici) on vous a fait écouter un peu de Zydeco, de la musique cajun. Du coup aujourd’hui on va vous parler cajun.

Pour comprendre ce que c’est, il faut remonter à la colonisation de l’Amérique et des jeux de pouvoirs entre les puissances occidentales.

On connaît relativement bien le fait que la France a tenté de s’incruster au Canada, mais faute d’intérêt et de moyen le Common Wealth a pris le contrôle de la majorité des terres, dont l’Acadie.

Sauf que voilà, les habitant-es s’iels acceptent une relative domination et promettent de ne pas soutenir la France si elle cherchait à reconquérir les territoires, ne veulent tout de même pas signer de traité d’allégeance inconditionnelle. En plus, il semblerait que ces satané-es acadien-nes aident les premières nations (les MicMacs) à se battre contre la puissance Anglaise.

Et ça, ça plaît pas à tout le monde.

GO JUSTIN

Commence alors une déportation systématique de cette population : « le grand dérangement » en 1750 (ou 1749 on sait pas trop).

Pour empêcher les Acadien-nes de rester sur leurs terres, le gouvernement anglais local leur interdit de revenir sur leurs terres, puis brûle champs et bâtiments pour bien qu’on comprenne. Il fait déporter les députés acadiens. Puis on force les familles à monter dans des bateaux.

Beaucoup meurent (les voyages en bateaux, sans nourriture ni préparation, une véritable croisière de rêve) en direction d’états américains comme la Géorgie, Caroline du Sud, Maryland, Pennsylvanie, certain-es sont rapatrié-es en France, d’autres dans les Antilles…

Et comme rien n’est jamais fait à moitié, personne n’a prévenu de leur arrivée : iels sont donc accueilli-es à bras ouverts (non), et parfois déporté-es à nouveau.

« votre femme est délicieuse »

Je n’ai pas trouvé de chiffres exacts, mais il semblerait que plus de 10 000 personnes furent déportées de 1750 à 1763. Et pas autant qui ont survécu donc.

Empêché-es de revenir dans leurs foyers, pas les bienvenu-es dans leur nouveau pays, certain-es acadien-nes ont été attiré-es par la Louisiane, car on y parlait français, et territoire sous « contrôle » français jusqu’à 1783.

Les acadien-nes, devenus « cadien-nes » puis « cajuns » (parce que la prononciation, pourquoi pas, si on le dit vite plusieurs fois sans dents en train de chasser un alligator et avec une patate dans la bouche). En vrai j’ai aussi lu que « cajun » était une dérivation créole (méprisante) pour désigner les cadien-nes (de kajen ou kadjen en créole, kadjin pour cadienne).

Habitué-es aux marais et au dur labeur (en plus, on veut pas d’elleux ailleurs) la population cadienne se retrouve vers Lafayette, dans les bayous.

Enfin, lorsque la Louisiane devient Espagnole, les nouvelleaux habitant-es sont enfin accueuilli-es pour le développement de la région. Iels recoivent des aides et des terrains (en 1785).

Iels cultivent le maïs, le coton, le riz (coucou quand je dis « cultivent », « font cultiver par des esclaves ») et piquent pleins de petites choses comme l’okra aux populations noires pour faire émerger ce qui est connu aujourd’hui comme « la cuisine cajun » :

  • le gombo (le nom = okra ; c’est une espèce de ragoût épicé)
  • le Jambalaya (une sorte de paella)
  • les po’boys (sandwiches velus)
  • du boudin épicé
  • du « crawfish » (de l’écrevisse)

Et tout un tas de trucs qu’on pouvait trouver sur place, incluant donc de l’alligator, de la tortue, et des épices, avec une forte influence de la cuisine française (donc des mardis gras, des crêpes, des beignets etc.)

La cuisine cajune est aujourd’hui assez mélangée avec la cuisine créole (je sens que c’est une hérésie ce que j’écris là).

La langue, comme la préparation de petits plats, devient aussi mélangée : l’accent et les phrases évoluent de l’Acadien au Cajun, avec les influences du créole, de l’anglais et des langues natives.

Mais bon, comme les américain-es ont vraiment le sens de l’accueil, et que maintenant la Louisiane leur appartient, en 1906 le français (cajun ou créole) est interdit et en 1921 la constitution local dit « non, mais en fait, on parle que anglais ici c’est comme ça ».

When french was forbidden #lafayette #louisiana #cajun #vermillionville #acadian

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Ce n’est qu’en 1968 que le CODOFIL (Conseil pour le développement du français en Louisiane) est créé, permettant le retour de la francophonie sur le territoire, puis après légitimant le français comme second langage en Louisiane (c’est pour ça qu’aujourd’hui on peut voir des panneaux bilingues et le français enseigné à l’école en seconde langue).

Nous on a pu voir un bout de la culture (et nos premier serpents à pattes) dans un village – musée reconstitué : Vermillionville, à Lafayette On a même pu risquer notre vie sur une barge.

C’est là aussi qu’on a pu écouter un peu de Zydeco – musique cajune, qui se caractérise notamment par des paroles en cajun, de l’accordéon et de la planche à laver / grattoir.

On a aussi vu des personnes danser, c’est assez entraînant et rigolo. Il y avait quelques personnes qui parlaient cajun/français et on a pu goûter la cuisine locale, mais je crois que personne n’en gardera un souvenir immémorable (à part que c’était un buffet à volonté).

Ce qu’on retiendra principalement, c’est une boîte d’épices et cette nouvelle expression :

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