Naufrages et autres bateaux le long de nos côtes [épisode 4]

Maintenant que vous connaissez hyper bien les Channels Islands, laissez-nous vous conter une histoire de naufrages super. On a entendu pour la première fois cette histoire lorsque nous sommes allé-es nous promener vers Lompoc et le mont Gaviota (qu’on peut voir également sur la carte ci-dessous).

Un peu au nord de ces îles, la côte est bien souvent une succession de rocs et de découpes abruptes de falaises (connaissances géologiques et topographiques : nulles.). Le courant est assez fort, c’est pas pour rien que la côte californienne est réputée pour ses vagues. Notamment, au point Arguello.

 

Nous sommes en 1923, le 8 septembre. La première guerre mondiale est finie, tout va bien (pour le moment), et des destroyers sont partis faire une petite balade de santé pour s’aérer un petit peu, venant de San Francisco, direction le sud, San Diego.

L’escouade est composée de moults navires (14) flambants neufs (moins de 5 ans) aux noms doux dont :

  • le bateau de tête DELPHY
  • le USS S. P. Lee
  • le USS Young
  • le USS Woodbury
  • le USS Nicholas
  • le USS Fuller
  • le USS Chauncey
  • le USS Farragut
  • le USS Somers

 

Imaginons une ambiance sympa de touché-coulé à partir de maintenant.

Pour bien comprendre les naufrages qui vont se passer, il faut rappeler quelques trucs. La côte californienne est sans cesse dans le brouillard. Vous avez pu le voir dans notre article sur les Islands Channels notamment où on a pas vu les îles avant d’avoir le nez dessus. Le « fog » de San Francisco fait également partie de l’attraction touristique. Il nous avait empêché l’année dernière de bien profiter des feux d’artifices. En plus les radios là, cette sorcellerie, qui sait si on peut leur faire confiance. Donc, ces bateaux, naviguaient à l’ancienne, à l’œil, le doigt mouillé en l’air, le long des côtes.

Tout va bien se passer
 

Par dessus tout ça, un tremblement de terre géant avait eu lieu la semaine précédente à Tokyo. Attention, ça va bouger un peu !

Le Delphy crie par dessus son épaule de bateau : « bon, on va faire une formation serrée, vous suivez bien derrière en colonne hein ! Les gars vu que vous êtes un peu mous, on va rajouter un combo, on va faire comme si on était en exercice de guerre, on va vite, et on fait pas de sondage des profondeurs pour voir si les bateaux peuvent passer ! ALLLLLLERRRRR ! « 

Spoiler : ça passera pas.

Le Delphy va donc à fond (37 km/h) et voit le caillou en mode Titanic : trop tard.

« poc »

Les marins sonnent l’alerte. Le bateau de derrière, le S. P. Lee se croit déjà dans les Channel Islands. Il se dit « le Delphy s’est pris San Miguel Island DONC je vais tourner à GAUCHE pour pas me prendre les îles à droite, et passer dans le chenal » (là le capitaine il s’est trouvé hyper malin).

« re poc » sur la côte

Le Young, voyant le L. P. Lee couler, se dit « ah ben non on est pas aux Channel Islands GARDEZ LE CAP MARINS ». Et ne changeant donc rien à sa trajectoire, va s’éventrer près du Delphy. Mi échoué mi ouvert dans un rocher (le rocher du Destroyer) c’est celui qui comptera le plus de victimes.

Le Chancey, voyant le bazar fait « oups ». Puis « et si on allait sauver les mecs de Young ? ». Et s’échoue à côté. Re « oups ». Ca vous apprendra à vouloir sauver vos potes. En vrai, échoué, mais pas coulé, cela a permis aux marins du Young de monter à bord et d’éviter la noyade.

Le Woodbury fait « TRRRRRRRIIIIIIIBORRRRRRD TOUTE ! ». Comme on est entre vieux et vieilles loups et louves de mer ici, on sait très bien que ça veut dire tourner à droite. Bien joué n’est-ce pas ? Mais non pas de bol, les cailloux du dessus, yen a aussi à droite. Parce que c’est trop tard.

Au passage, en anglais, tribord = côté de l’étoile (starboard). Babord c’est « port » parce qu’il y a tout le bordel pour attacher le navire au port.

Le Nicholas fait « mince mais alors si on peut aller ni à droite ni à gauche qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on tente d’aller à gauche mais moins ? »

Dans la panique, et parce qu’ils ont toujours pas ralenti l’allure, le Fuller tourne, et va s’échouer contre le Woodbury. « oups ».

Les deux bateaux.

 

D’autres bateaux ont subi des dégâts moins définitifs, se sont demi échoués puis dépatouillés. Ils ont pu s’arrêter pour aller aider les autres marins. Les fermièr-es et pécheurs du coin dont certain-es avaient assisté à la scène dépité-es ont également pu aider, en aidant à grimper la falaise par exemple.

A l’arrivée, c’est le plus grand désastre marin des USA en temps de paix.

Le gouvernement n’essaye même pas de récupérer les bateaux et le matériel. Il revend le tout pour 1,035 $ à un ferrailleur, qui ne dégage les lieux qu’après 1929.

Par contre, il organise une court martiale pour juger les capitaines des bateaux. Onze officiers sont accusés de négligence et d’avoir failli à leur mission. Le blâme revient principalement au capitaine du Delphy, incapable d’avoir guidé les bateaux en manœuvre militaire. Il fut rétrogradé, d’autres eurent une tape sur les doigts et furent finalement tous acquittés.

Moralité :  c’est bien beau d’avoir le permis bateau, mais quand on sait pas conduire, mieux  vaut avoir un vélo.

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