Santa Cruz Island (part 2)

Après avoir traversé la moitié à pied (voir le début ici), nous avons voulu en savoir un peu plus sur cette île mystérieuse.

Tout d’abord, pourquoi existait-il deux ports (voire, plus, mais restons à deux). En arrivant du côté de Scorpion, nous avons découvert des machines outils, et des habitations, dont une reconvertie en musée.

Ce qui nous intéresse dans cet épisode, c’est comment ça c’est passé après l’arrivée des européens. Les Channels Island étaient donc habitées, avant que les colons ne débarquent en 1542. Comme d’habitude, les premières nations ont été tué-es (par maladie, par armes) puis « délocalisé-es » (quel beau terme).

Les légendes courent sur les différentes appellations de l’île et de ses différentes parties.

A l’origine, l’île était nommée Limuw par les Chumash de l’île « dans la mer » et Michumash par les personnes qui vivaient sur le continent, signifiant probablement « les personnes fabriquant l’argent » (ouais c’était une île bancaire, les paradis fiscaux n’ont qu’à bien se tenir).

On raconte qu’elle aurait gagné le nom de Santa Cruz « Sainte Croix » à cause d’une histoire de prêtres et de racisme en 1769. Les missionnaires sont allés faire un petit tour pour convertir ces païen-nes et voir si c’était possible de mettre la Mission principale ici. En repartant, ils se rendent compte qu’ils ont oublié (???) au village certaines de leurs affaires, dont une crosse en cuivre. Soupirant de dépit, ils renoncent car imaginent tout de suite que les indigènes vont leur voler, attiré-es par tout ce qui brille. Apparemment ils eurent tort, car le bateau fut rattrapé par quelques locaux pour ramener les affaires. Trouvant ce fait exceptionnel (comme quoi on peut ne pas être chrétien-nes mais honnête) ils nommèrent l’île « Saint Croix ».

En 1830, des prisonniers (et prisonnières) étaient envoyé-es en Californie comme colonie pénitentiaire mexicaine. Un navire de prisonniers, exaspéré de n’avoir pas vraiment d’ordres et de directions précises (« oups désolés vous pouvez pas accoster à Santa Barbara aujourd’hui ! »), serait passé près de Santa Cruz Island, et aurait décidé de débarquer quelques uns de ses passagers réfractaires. Le bateau les aurait jeté à l’embarcadère où nous avons accosté avec Antoine pour le début de notre périple : au Prisoners Harbour. On ne sait pas si c’est vrai, et aucune des personnes n’a jamais été retrouvée : est-ce qu’ils sont morts sur l’île aride et peu accueillante ? est-ce qu’ils ont réussi à accéder au continent ?

L’île une fois vidée de ses habitant-es originel-les, fut une guerre de propriété : vous le savez (voir les épisodes précédents dont ici) la Californie fut Espagnole, Mexicaine avant d’être Californienne puis Américaine.

Le gouverneur mexicain avait donné (pouf) le titre de propriété à son aide de camp, lequel a été confirmé par le nouveau gouvernement américain. L’île a été mise en gestion pour en faire un ranch de moutons : à la fin des années de 1860, plus de 24 000 bêtes ont été mises en pâture sur Santa Cruz. C’était une des premières personnes a faire transporter des animaux sur des bateaux à vapeur.

Devenant un « ranchero », beaucoup de constructions ont été faites partout sur l’île, pour entretenir les travailleurs et travailleuses, les loger, les faire manger…

Le port principal à l’époque est à Prisoners (là où on a débarqué, pour celles et ceux qui suivent pas). Des bâtiments sont toujours sur place.

1869

 

1897
le port maintenant

Au bout d’un moment le ranchero prospère, et est vendu à un groupe d’investisseurs, dont Justinian Caire en 1869. En 1886, il a racheté toutes les parts et possède l’intégralité de l’île. Il désire en faire une propriété viable et autonome. Il entreprend de développer l’agriculture : il fait planter des olives, des vignes, des fruits, un moulin, 9 autres ranches se mettent en place en plus du principal, étalés sur toute l’île, dont Scorpion, d’où nous sommes reparti-es de l’île, à la fin de notre randonnée.

 

(plein d’autres photos ici) 

Le ranchero opère et prospère jusqu’en 1903. L’île possède même le téléphone, c’est le réseau privé le plus grand des Etats-Unis à l’époque. On compte 110 ouvrièr-ers à Santa Cruz Island en 1889. Le vin est notamment renommé.

 

A la mort du patriarche, les deux fils continuent l’entreprise, mais des querelles de famille éclatent sur la répartition du terrain. Pour payer les frais de justice, plusieurs des descendant-es sont obligé-es de vendre leurs parts.

En 1937, 90% de l’île appartient désormais à un trafiquant de pétrole. Il décide de convertir ses pâturages de moutons aux bœufs puis re de moutons, pendant que les 10 % restants, appartenant toujours à de la famille Caire, continuent l’exploitation du ranch du côté de Scorpion, jusqu’en 1984. Après les coûts augmentent et cela devient trop compliqué pour poursuivre : à la mort du pétrolier et à la perte de vitesse du ranchero, la Nature Conservancy et le National Park Service rachètent les parts de chacune des parties afin de faire de l’île une réserve naturelle, ce qu’elle est toujours aujourd’hui.Commence alors un long travail d’enlèvement des bêtes, certaines s’étant dispersées loin dans l’île, des cochons étant redevenus sauvages… tout le bétail est attrapé et déplacé vivant sur le continent. En 1999, plus un seul mouton n’est sur l’île, les cochons en 2006.

L’objectif est de conservation : les moutons, bœufs, cochons (poules, poussins, couvée) ont détruit la faune native. L’impact humain également, dont l’importation de plantes et d’arbres ont pris le pas sur la flore native. L’idée est de remettre en place et faire prospérer toutes les espèces endémiques.

Antoine le scientifique spécialiste de l’écologie et des systèmes complexes (j’ai mis des mots au hasard) vous en parlera bientôt dans un article consacré, avec des photos de mignons petits renards et autres animaux agréables.

 

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