Naufrages et autres bateaux le long de nos côtes [épisode 5]

Ding ding ding, nous sommes en Hiver, en Hiver il fait mauvais temps, le vent souffle souffle sur les plaines de la Californie Américaine, c’est l’heure de s’asseoir au coin du feu (et en Californie on rigole pas avec ça) et de lire une histoire.

Et encore une fois, nous revenons vous parler des naufrages sur nos côtes.

Vous nous demandez souvent si on va à San Francisco « car c’est pas loin non ? » . Est-ce qu’on vous demande si vous allez à Berlin parce que c’est pas loin (exemple absurde car notre lectorat habite à une heure de la capitale c’est bien connu).

Et bien non, on y est pas trop allé-es, une fois au 4 juillet de notre année Trump UNE (on vous en avait parlé ici) et une autre fois pour écouter un ami jouer de la guitare. Mais récemment, notre nouvelle passion pour l’Administration nous a poussé-es à aller deux fois « à la grande ville » pour visiter le Consulat de France (et oui, nous avons des passeports flambants neufs dorénavant).

En plein cœur de San Francisco, nous nous sommes dit que c’était une bonne idée de le tenter en voiture et d’essayer de se garer pas loin. Pour s’y rendre, plusieurs routes possibles, une d’elles étant la « Highway One / 1 » route mythique qui longe toute la côte. C’était l’occasion pour nous de nous arrêter notamment au Phare Pigeon Point.

 C’est pas ça, mais on va quand même parler d’un bateau Pigeon. 

Donc il s’agit d’un phare en forme de pigeon (vous allez être déçu-es) qui avait une lentille Fresnel, entre chez nous et San Francisco.

Comme on peut le constater, la côte est longée de phares pour éviter aux bateaux de se prendre les falaises et couler (mais comme on a vu dans les épisodes précédents, ça n’arrête pas tous les navires). Celui-là a été mis en service en 1872, c’est le plus haut de la côte.

Or comme on le sait bien, les bateaux existaient avant. Comme le « Carrier Pigeon » par exemple. Si on traduit le nom : « Pigeon Voyageur ». On se demande bien ce qu’il transportait donc et sa vitesse moyenne en nœuds.

Vous l’avez deviné, il transportait des pigeons.

Son histoire est formidable : le Pigeon Voyageur, fin janvier 1853, soient 19 ans avant la mise en service du phare, part de Boston pour son voyage de rodage (de l’autre côté des USA donc). Son objectif, transporter sa cargaison de pigeons et les passeports de deux émigré-es français-es à San Francisco. Le canal de Panama n’existe pas encore, les bateaux doivent passer par le cap Horn réputé friand de naufrages, mais le Pigeon Voyageur est trop fort et évite tout écueil.

Il est aperçu un peu au large de Santa Cruz en juin.

« On est bientôt arrivés ! » dit alors le capitaine à ses matelots et pigeons à bord. Mais hélas, il n’y avait pas qu’eux qui étaient bien arrivés, mais aussi le brouillard, le « Fog » dont on arrête pas de vous parler et qui n’est surement pas un phénomène naturel mais plutôt surement un être vivant qui se nourrit de bateaux et d’espoirs.

Un peu comme les bateaux de l’épisode 4 le capitaine, calculant mal sa direction et proximité avec les falaises, décide de tourner à bâbord.

Et là, paf.

Le KRAKEN.

La coque s’éventre sur les rochers, ne laissant que quelques minutes aux occupants pour descendre du navire et nager jusqu’à terre ferme, heureusement à « seulement » 150 mètres (ça fait quand même 6 longueurs de petite piscine à Descartes). C’est quand même pas de bol, à moins de 140 km de l’arrivée quand ils ont déjà fait tout le tour.

Etant pas loin, un pigeon ayant surement amené la nouvelle, des bateaux viennent essayer de récupérer ce qui peut l’être de la cargaison, dont le « Sea Bird » (l’Oiseau de Mer), un bateau à vapeur et aubes. Le capitaine force les marins du Pigeon Voyageur a aider à la récupération en mettant l’ambiance pour que personne pique rien, ni chaussures ni alcool.

Malin le capitaine. Son surnom « bully » = le harceleur.  

Mais on est toujours en Californie, terre agréable et mangeuse de bateaux : l’Oiseau Marine dérive par les courants et se retrouve entraîné vers les rochers qui ont éventrés le Pigeon Voyageur. Les manœuvres désespérées des marins évitent la catastrophe, et permettent au navire de s’échouer sur une plage sablonneuse, d’où il sera renfloué plus tard.

Comme on dit par ici, un bateau ne coule jamais seul.

« Is this your boat ? »

Un autre bateau vient alors à sa rescousse, transportant l’équipage des deux navires et ce qui a été sauvé jusqu’à San Francisco. Ouf. Yavait pas besoin de la télé à l’époque. Le bon vieux temps.

Des rumeurs et histoires naissent autour de ces naufrages, les habitant-es du coin essayant de récupérer discrètement sur les environs des choses ayant appartenu aux compagnies maritimes… comme du charbon, ou une diligence…

Plus tard, au moment de nommer le phare implanté ici, on repensera à cette histoire, et malicieusement, il prendra le nom de « Point Pigeon ».

Il est toujours en activité, et vous pouvez même y dormir, puisqu’une auberge de jeunesse y a élu ses quartiers.

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